La Power Plate en maison de retraite - Aujourd'hui en France

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SOCIETE : C'est un appareil qui fait chaque jour des petits miracles dans une résidence pour seniors dépendants. Et qui permet même à certains de retrouver le chemin de leur maison. Une belle initiative.

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La Power Plate en maison de retraite

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Deux accidents vasculaires, une fracture du fémur, une luxation de prothèse... Francis, 82 ans, s'était progressivement ratatiné dans son fauteuil roulant, cédant à une résignation aussi abyssale qu'ordinaire en maison de retraite : «C'est foutu.» Pourtant, depuis quelques semaines, le vieux résidant refait des allers-retours sur ses deux jambes, une main sur la balustrade de la terrasse.

Tout seul. Tous les jours. Avec un sourire de vainqueur. Un «petit miracle» comme il y en a eu pas mal, ces six derniers mois, à la Palombière, un établissement pour personnes âgées dépendantes situé à Saint-Jeannet (Alpes-Maritimes).

Cette maison de retraite du groupe le Bel Age, nichée dans les hauteurs de Nice, avec ses 80 résidants d'une moyenne d'âge de 87 ans, n'a pas grand-chose d'exceptionnel. Si ce n'est... une machine Power Plate. Une de ces plates-formes vibrantes de salles de fitness. Quasi impossible à associer, à première vue, à un public fragile et parfois grabataire. Et pourtant, chaque après-midi, une file d'attente un peu vacillante mais impatiente se forme à l'entrée de la salle voisine du salon. C'est là que Jean Barbry, le kinésithérapeute libéral de l'établissement, a installé fin août son «Power», comme il dit.

«Depuis que Jean m'a fait monter là-dessus, je revis»

«Allez, Solange, on y va. On contracte, j'appuie sur le bouton pour trente secondes. C'est bien, on se redresse, on respire...» Etonnamment stable sur le plateau vibrant, les genoux pliés, le dos rond et les deux mains cramponnées aux poignées de l'appareil, cette frêle petite femme de 79 ans, institutrice à la retraite, en redemande. «Ça m'a remis debout. Depuis que Jean m'a fait monter là-dessus, je revis.» Au point d'oublier sa canne contre le mur en sortant de la salle. Et d'envisager de rentrer chez elle le mois prochain, ce dont son fils Jérôme ne revient toujours pas. «Entre une fracture du col du fémur, Parkinson, sa dépression... cet appareil a bien aidé maman à remonter la pente. Et Jean aussi.»

Car ledit Jean y est pour beaucoup. Son bagout, son dynamisme... son audace aussi. Il en fallait pour oser proposer à ses patients âgés de tester une machine leur infligeant des milliers de microchocs. «Ça ne fait pas mal, mais il faut y aller progressivement et ne pas s'y exposer trop longtemps», précise le kiné. Lui-même vaillant septuagénaire, Jean a longtemps utilisé la Power Plate dans son cabinet. «Pourquoi ce qui marche bien sur les jeunes en rééducation ne marcherait pas sur les vieux ? Je me suis dit que ça valait le coup d'essayer. Jusque-là personne n'a osé faire l'expérience avec des personnes âgées, sauf une maison de retraite en Nouvelle-Zélande ! Pourtant, bien utilisé, cet appareil est bon pour tout : la musculation, les échanges circulatoires, le retour veineux, l'équilibre...» Les contre-indications sont simples : grossesse ou interdiction totale de faire du sport. «La vieillesse n'en est pas une !»

Difficile, faute d'évaluation scientifique, de distinguer ce qui relève de l'effet physique ou du simple effet psychologique d'être encouragé, de se remettre debout et de bouger. Mais l'efficacité est clairement supérieure à la classique «trottinothérapie» de maison de retraite. «Ça clignote dans les jambes, c'est agréable», s'amuse Renée, 89 ans. «C'est la maquine à remonter le temps», plaisante Roger, 78 ans, un ancien carreleur atteint d'une maladie qui ossifie ses ligaments et ses tendons. «Je reste très handicapé mais je n'ai plus mal !» Même les personnes en fauteuil ont droit à leur séance. «En novembre, une dame est arrivée sur un brancard. Je ne remarcherai jamais... Elle est rentrée chez elle en février sur ses deux jambes !» C'est peut-être l'indicateur le plus fiable, et le plus impressionnant. «Depuis la fin de l'été, quatre résidants sont retournés vivre chez eux, sourit Olivier Cohen, le directeur de la Palombière. Moi qui ai dirigé beaucoup d'établissements, je n'ai jamais vu ça.»

Par Florence Deguen.

Retrouvez la version Web de cet article, et le reportage en vidéo :

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